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Le Bonbon, Paris 9e, Juin 2010, nº14 Philippe Apeloig donne vie à la typographie. Par Émilie Pruvost Ses affiches sont connues des Parisiens qui les côtoient au quotidien. Philippe Apeloig, lauréat 2009 de l’international Society of Typographic Designers, est aux yeux des néophytes dans l’ombre de ses créations. C’est dans son atelier du quartier Drouot, qu’il rentre dans la lumière, en me confiant sa vision du métier et ses projets. Dans ses créations, le mouvement est un refrain. « Véritables instantanés photographiques », ses affiches prennent vie par la typographie. Comme si cette dernière s’appropriait la vie de l’objet qu’elle suggère. Les exemples foisonnent : ses créations pour le Châtelet, celle des Voies Navigables de France dans laquelle les mots semblent par magie naviguer et se refléter sur l’eau. Invitation au rêve, l’affiche « raconte une histoire », est « un mouvement figé et un résumé de texte pour aller vers l’essentiel tout en étant dans l’épure ». Rigueur, créativité, équilibre, sont les leitmotivs de cet équilibriste. Perfectionnisme aussi, qui le pousse à multiplier les esquisses avant de trouver celle qui fera tilt. La danse qui a marqué ses premières années, transparaît telle une métaphore filée, dans l’ombre de ses propos: « l’identité visuelle doit se renouveler, rebondir, mais avec une ligne de conduite rigoureuse ». Comment parvient-il à garder une virginité du regard face à la pollution visuelle qui l’entoure? Par la sélectivité, la sensibilité aux arts et au contexte urbain. Pour ce citadin dans l’âme, le 9e est un « concentré de Paris ». L’Opéra Garnier, qu’il admire, « écrit dans la pierre en volume le mot Opéra ». « Devant, on est déjà dedans, dans le monde du luxuriant, de la rêverie, du fabuleux ». Paris reste une ville qui fascine ce voyageur, pour son charme exquis. « Même les choses les plus laides ont une âme. Paris, c’est la capacité d’absorption de la laideur car la beauté est triomphante ». De l’intuition des débuts, il confie que sa démarche est devenue au fil du temps plus conceptuelle. L’occasion d’un apprentissage qui se renouvelle à chaque projet pour lequel il se documente passionnément. Sa démarche est celle d’un artiste qui s’imprègne de la philosophie de l’objet pour servir au mieux sa communication. En témoigne le cheminement créatif qui a façonné la naissance de l’affiche de l’exposition Yves Saint Laurent au Petit Palais: tout est maîtrisé pour insuffler modernité et émotion. Le logo YSL créé par Cassandre en 1961 est repris en couleurs primaires en référence à la robe Mondrian du styliste dans un respect parfait des proportions. Le prénom YVES en exergue rend « Monsieur Saint Laurent » intime. La trame épaisse du portrait fait écho à la technique sérigraphique du portrait qu’Andy Warhol lui a consacré. Quel bel hommage à l’homme qui a su amener l’art dans la rue avec élégance! Il reste à souhaiter que cette affiche soit pour Philippe Apeloig une passerelle vers l'univers des marques où l'art de la typographie se fait trop rare contrairement au paysage publicitaire de nos voisins britanniques. |